[A lire] "Être jeune en prison : expériences juvéniles et prises en charge institutionnelles"

Publié le lundi 29 septembre 2025
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La revue pluridisciplinaire de recherche « Sociétés et Jeunesses en difficulté » publie un dossier passionnant sur les mineur.es détenu.es en France. Il propose notamment une comparaison France Quebec qui interpelle.

« La prison c’est pas fait pour tout le monde. C’est fait pour personne en vrai de vrai, mais y en a qui sont plus faits pour ça que certains. » (Adama, 17 ans, QM Êta.)

 

Lire le dossier

 

Nicolas Sallée et Marie Dumollard décrivent un système carcéral à destination des mineur.es et jeunes majeur.es à la fois paternaliste et infantilisant en même temps qu’il est une injonction à une adhésion immédiate et à une réhabilitation expresse.

Les jeunes détenus québécois interrogés y critiquent le statut d’enfant qu’on leur accole. Ils souhaitent, au contraire, notamment pour les plus âgés d’entre eux, être considérés comme des adultes et purger leur peine dans de vraies prisons sans « p’tits » à leurs côtés. Ils veulent« faire leur temps » sans l’injonction paradoxale d’avoir à acquérir une autonomie citoyenne et morale sous haute surveillance. Alors tous chez les majeurs ? Notre sang s’est glacé à la fédération, nous qui défendons une justice des enfants, des adolescents et des jeunes majeurs spécifique et adaptée à leurs âges, à leurs développements et à leurs différentes vulnérabilités.

Heureusement, à la lecture de l’article, on peut se demander si la critique du statut d’enfants pour des jeunes, qui ne le sont plus et ne souhaitent plus l’être, (n’est-ce pas au passage l’envie de tout adolescent.e ?) n’est pas en fait une critique de l’infantisme et de l’emprise qu’il génère sur des jeunes en quête d’autonomie, de liberté et de respect malgré leur passage à l’acte.

L’article d’Hugo Bréant et Lorenn Contini sur l’enseignement dans les prisons pour mineur.es en France montre au contraire, des adolescents - certes non des enfants - satisfaits pour nombre d’entre eux, malgré des années de déscolarisation, de redevenir des élèves durant ce temps carcéral.

A noter : Pour les jeunes scolarisés avant la mise sous écrou, les conséquences sont encore plus délétères sur le plan scolaire, même pour un enfermement de quelques semaines. On ne peut ici s’empêcher de penser aux débats sur les éventuels bienfaits des courtes peines sur les enfants en conflit avec la loi.

Les nombreuses références aux mamans qui jalonnent les écrits de plusieurs articles nous confortent également sur l’importance de considérer, sans paternalisme, les enfants et adolescents et grands adolescents comme des jeunes en construction qui ont besoin d’une attention particulière, d’un accompagnement éducatif renforcé au pénal comme au civil. Car ce qui ressort également de ce dossier, c’est la grande vulnérabilité des familles qui restent malgré la volonté de les associer, un angle mort, du fait de l’absence de travail réel avec les parents des enfants incarcérés. Voir à ce sujet, l’excellent article de Manon Veaudor sur les familles introuvables.

Le travail sur la nuit carcérale des adolescents incarcérés de Lola Jaëgle est également très intéressant. La chercheuse décrit parfaitement cette nécessité de fuir l’ennui, le monde carcéral et ses règles institutionnelles, de façon décuplée durant les vacances scolaires où les activités sont encore moins nombreuses qu’à l’accoutumée.

La nuit devient pour les jeunes un espace d’autonomie et de vie, débarrassés qu’ils sont pour quelques heures du cadre carcéral alors mis en sommeil. Cependant, plus les nuits sont courtes, plus il est difficile de travailler sur le plan éducatif avec des jeunes au rythme inversé.

Enquêtrice : Et quand vous allez à l’école le matin ?
Brice : J’suis déchiré, ouais. J’arrive même pas à suivre. »
(Extrait d’entretien avec Brice, 16 ans.)

 

L’étude d’Alice Simon est également très éclairante. La sociologue nous dit combien l’adaptation des enfants à la prison est fonction de leur trajectoire de vie.

Certains ont déjà les codes, du fait de parents, de frères, d’ami.es ayant vécu l’incarcération. D’autres y reviennent aussi pour la seconde ou énième fois.

Ils semblent plus outillés et parfois fanfaronnent «  La prison, c’est bidon ». En réalité, ils s’efforcent de tenir debout et de paraître forts aux yeux des autres.

Ainsi même s’ils s’en défendent, ils sont également très impactés par les conditions de détention, tout en étant moins réceptifs aux offres et soutiens éducatifs proposés.

Quant aux enfants les plus vulnérables, mineurs non accompagnés isolés et poli-traumatisés mais aussi les mineurs inconnus de la justice et pour lesquels la prison est une rupture biographique totale, le choc est encore plus brutal. Ce sont ces jeunes qui sont surreprésentés dans les actes auto-agressifs et tentatives de suicide, particulièrement nombreuses en prison.

« 86 % des tentatives de suicide signalées à la DPJJ y sont commises, alors que les mineur·es détenu·es sont près de quatre fois moins nombreux·ses que les mineur·es placé·es ».

Aussi, la prison pour enfants reste avant tout une prison qui exarcèbe les vulnérabilités et les inégalités préexistantes à l’incarcération.

La fédération vous conseille de lire ce dossier dans son intégralité et ferme son conseil de lecture sur les mots d’Adama, 17 ans, QM.

«  Y a pas pire qu’être là. La mort et la prison c’est les pires choses qui puissent arriver. C’est le pire du pire. »

 

 

Au sein du dossier :

  • Nicolas Sallée et Marie Dumollard
    Des prisons (pas) comme les autres : l’incarcération des mineur·es, entre « prison » et « garderie »
  • Manon Veaudor
    Des familles introuvables ? L’ambivalence de la prise en charge des liens familiaux en détention pour mineur·es
  • Alice Simon
    « Avoir le mental » en prison : les modalités d’adaptation des mineur∙es à l’incarcération
  • Hugo Bréant et Lorenn Contini
    « C’est pas une école normale ici ! » Les expériences scolaires des mineur·es en prison
  • Lola Jaëgle
    Approcher l’expérience des jeunes incarcérés en maison d’arrêt à travers l’espace-temps nocturne
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