La prise de conscience autour des violences sexuelles


C’est seulement dans les années 1970 que le sujet est devenu une question sociale et politique. Le viol commence alors à être défini comme le fruit d’un système fondé sur la domination masculine.
Malgré cette évolution législative, la honte et le déshonneur a longtemps pesé sur les femmes qui en étaient victimes. Les agresseurs sexuels sont peu poursuivis et peu condamnés.
- Est-ce un problème de lois et de qualifications ?
- Est-ce un problème socio-culturel ?
- Quelles crédibilités accordées aux témoignages des victimes ?
- Le tabou autour des sexualités et des violences sexuelles est-il toujours d’actualité ?
Les pistes de réflexion pour comprendre les violences sexuelles sont nombreuses et le poids de l’héritage culturel encore lourd.
* Viols et tentatives de viols, autres agressions sexuelles, y compris harcèlement sexuel. Champ : France (Hexagone + DROM).
Source : Ssmsi, « Insécurité et délinquance en 2022 : bilan statistique complet », septembre 2023. Données État 4001, bases de crimes et délits enregistrés par la police et la gendarmerie en 2022.
Définitions des violences sexuelles
SELON L'ORGANISATION MONDIALE DE LA SANTÉ
La coercition peut inclure :
- Le recours à la force à divers degrés
- L’intimidation psychologique
- Le chantage
- Les menaces (de blessures corporelles ou de ne pas obtenir un emploi/une bonne note à un examen, etc.)
La violence sexuelle peut également survenir lorsque la personne agressée est dans l’incapacité de donner son consentement (parce qu’elle est ivre, droguée, endormie ou atteinte d’incapacité mentale, par exemple).
SELON LE CONSEIL DE L'EUROPE
« Tout acte ou comportement à caractère sexuel ou commis dans une intention sexuelle faisant l’objet de sanctions ou mesures pénales au titre du droit interne.
Une infraction sexuelle peut s’accompagner de pressions ou de violences d’ordre physique, émotionnel ou psychologique et prendre la forme d’une infraction avec contact (comme le viol, l’agression sexuelle, y compris les attouchements) ou d’une infraction sans contact (comme la sollicitation d’enfants à des fins sexuelles, l’exhibitionnisme, le voyeurisme ou la création, le téléchargement ou le visionnage d’images d’abus pédosexuels). »

Comprendre les causes des violences sexuelles
Pour comprendre les causes profondes des violences sexuelles, il faut s'intéresser aux siècles de culture patriarcale qui ont posé la possibilité d’une appropriation du corps des femmes. L’expression « culture du viol » apparaît en 1974 aux États-Unis. Cette expression revient à penser la violence sexuelle non plus comme une exception individuelle et pathologique, mais « comme une pratique systémique, inscrite dans la norme et surtout tolérée » indique l’historienne Florence Rochefort.
Si les violences sexuelles étaient banalisées et non réprimées par le passé, les états légifèrent pour réprimer ces actes.
Malgré une culture du viol persistante, les violences sexuelles sont considérées comme des crimes ou des délits au regard de la loi. « La honte doit changer de camp », ces mots expriment cette volonté que les victimes parlent, qu’elles soient crues et écoutées et que ce soient les agresseurs sexuels et les violeurs qui soient visibilisés et rendus responsables des actes commis.
Les victimes sont comptabilisées et visibilisées dans l’espace médiatique et dans les enquêtes de victimisation. Les auteurs d’infraction sexuelle ne sont pas toujours comptabilisés.
Les campagnes de sensibilisation sont timides sur les sujets des violences sexistes et sexuelles, que ce soit la pédocriminilalité, les mutilations sexuelles, les viols conjugaux ou incestueux…
Les violences sexuelles sont accompagnées de tout un univers de représentations communes et collectivement partagées qui freinent la sensibilisation et la prise de conscience. Penser par exemple que le risque est massivement présent dans l’espace publique (sans omettre que cela existe, cela représente une minorité dans les dépôts de plainte) plutôt qu’auprès de personnes connues (famille, proches, conjoints, ex-partenaires, collaborateurs, responsables hiérarchiques…).
Le procés
d'Aix-en-Provence
en 1978En 1978, le procès d’Aix-en-Provence marque une étape décisive dans la prise de conscience du traumatisme psychique que représente « cette mort à tout jamais entrée en elles », selon les mots de l'avocate des deux touristes belges violées, Gisèle Halimi.
Des évolutions de droit importantes ont eu lieu (définition du viol, alourdissement des peines, reconnaissance du viol conjugal, ...), sans pour autant mettre fin aux violences sexuelles. Des notions comme la culture du viol ou le système de domination masculine, hier circonscrites à des cercles restreints, font aujourd'hui la une des journaux et médias généralistes.
Pour éradiquer la violence masculine à la racine, il faut « repenser l’éducation dans toutes les instances de socialisation, à l’école, dans le sport, la culture », défend l'historienne Christelle Taraud.
« La société malade du viol ne peut guérir que si, en ayant fait le diagnostic, elle accepte de remettre en question les grands rouages de sa machine culturelle, et son contenu », écrivait Gisèle Halimi à propos du procès d’Aix-en-Provence.
Définitions juridiques des violences sexuelles
Les violences sexuelles sont multiples et les définitions juridiques en précisent les contours. Les définitions supranationales et nationales illustrent la multiplicité de types de violences sexuelles.
Commises au sein de la famille, dans une relation de couple ou en dehors, qu’elles soient sur personnes mineures, ou majeures, la typologie et la longue liste de circonstances aggravantes, de la violence sexiste à la violence sexuelle, leur caractérisation est précise et évolue en permanence à l’aune de la recherche et des engagements politiques.

Liste non exhaustive des violences sexuelles :
- Viol, viol conjugal, viol incestueux
- Agression sexuelle, agression incestueuse
- Harcèlement sexuel
- Exhibition sexuelle
- Voyeurisme
- Administration de substance en vue de commettre un viol ou une agression sexuelle
- Atteinte sexuelle
- Pédopornographie
- Cyber violences sexuelles
- Excision et mutilation sexuelle
- Outrage sexiste
- Traite des êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle
- Proxénétisme
- Pratiques visant à modifier l’orientation sexuelle ou l’identité de genre
Les violences sexistes et sexuelles : un continuum de violences de genre
Les violences sexuelles s’inscrivent elles aussi dans un continuum de violence de genre. Elles touchent de manière disproportionnée les enfants et les femmes, même si les hommes peuvent également être victimes de violences sexuelles. Une très grande proportion des personnes condamnées pour violences sexuelles sont des hommes.

Les violences sexistes et sexuelles peuvent prendre des formes très variées, allant de la main aux fesses dans les transports en commun, sur le lieu de travail ou encore dans un établissements scolaires entre mineurs, à la photo d’une personne nue ou dénudée sur les réseaux sociaux (sans son accord), à un viol dans le cadre d’un couple, comme des caresses sur le sexe d’une petite fille ou d’un petit garçon par un adulte de la famille ou que cet adulte exige de l’enfant des caresses ou des actes bucco génitaux, ou encore de la prostitution forcée, l’ablation du clitoris ou toute autre forme de mutilation sexuelle.
La liste des violences sexistes et sexuelles est longue et les textes juridiques sont en évolution permanente pour qualifier, poursuivre et condamner les auteurs de ces violences. Ce type de violences sexuelles peut engendrer chez les victimes de lourdes conséquences psychiques, physiologiques, physiques, sociales, économiques et administratives. Et ce durant plusieurs années, voir entrainer des troubles psychologiques ou psychiatriques.
* Viols et tentatives de viols, autres agressions sexuelles, y compris harcèlement sexuel. Champ : France.
Source : Ssmsi, « Insécurité et délinquance en 2022 : bilan statistique complet », septembre 2023. Données Ssmsi, base statistique des mis en cause de crimes et délits enregistrés par la police et la gendarmerie en 2022.
Du côté des auteurs de violences sexuelles, dont certains ont été victimes notamment dans l’enfance, il n’existe pas de déterminisme en la matière. Ce n’est pas parce qu’une personne a été victime qu’elle devient auteur, sinon de nombreuses femmes seraient autrices de violences sexuelles.
Toutefois, il parait important dans les accompagnements des auteurs de violences sexuelles de pouvoir identifier si la personne a vécu des abus sexuels, qui auraient généré des traumatismes, afin d’être vigilent aux conséquences.
Comme précisé dans les constatations du Grévio, « la violence sexuelle ne devrait pas être envisagée sous le seul angle de l’incapacité de l’agresseur à contrôler sa libido, mais plutôt, à l’instar de toutes les autres formes de violences à l’égard des femmes, comme un moyen d’exercer un pouvoir et une domination sur les femmes et leur corps ».
Les violences sexuelles à l’égard des femmes sont ancrées dans les inégalités de genre et les notions d’autorité et de supériorité masculines sont un volet essentiel à intégrer dans les accompagnements des auteurs de violences sexuelles, afin de les aider à comprendre les conséquences de leurs actes et à assumer leurs responsabilités. Les accompagnements doivent par exemple aborder les notions de consentement, d’autonomie sexuelle et d’intégrité personnelle.
Les accompagnements des auteurs de violences sexuelles s’appuient sur la recherche de motivation pour opérer des changements, le désir de changer et modifier des convictions, et améliorer les capacités d’empathie. Ces accompagnements sont différents selon que les violences aient été commises sur des enfants, des femmes ou encore commises par des enfants ou des adolescents ayant des comportements sexuels préjudiciables.
L'avis de Citoyens & Justice
Pour la fédération Citoyens & Justice, la prévention primaire des violences sexistes et sexuelles parait incontournable dans un projet de société démocratique qui prône des valeurs d’égalité entre les femmes et les hommes notamment au niveau de la diplomatie internationale.
Lutter contre les violences sexistes et sexuelles participe à construire des relations égalitaires plus respectueuses, saines et justes entre les êtres humains. Ainsi, l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle est un outil essentiel de prévention primaire. A la fois pour être en capacité de comprendre son propre corps, ses désirs, ceux des autres en intégrant le consentement et l’empathie nécessaire au respect dans la relation à l’autre, tout en donnant la capacité de lutter contre les abus, les systèmes de domination, d’harcèlement et d’exploitation sexuelle.
La fédération Citoyens & Justice, encourage les équipes qui travaillent auprès des auteurs de violences sexuelles à avoir accès à de la supervision et à de la formation continue.
Travailler avec les auteurs de violences sexuelles est un travail exigent et technique.
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