
Si l’expression juridique des violences conjugales n’existe pas en ces termes, elle est communément employée dans les politiques publiques qui y font référence et dans les médias. L’utilisation des mots et la lecture du phénomène a évolué ces dernières décennies, passant de femmes battues et crime passionnel à violences conjugales et féminicide.
Les violences conjugales est l’expression la plus utilisée pour faire référence aux violences exercées dans le cadre d’une relation intime, actuelle ou passée, entre deux partenaires.
Que la relation soit définie dans le cadre d’un PACS, d’un mariage, d’une union libre, que les personnes habitent ensemble ou pas, c’est la nature de la relation et le fait que des violences soient commises. Ces violences sont pluriformes et cumulatives, elles peuvent être physiques, psychologiques, économiques, sexuelles, administratives, cyberviolences etc.
Elles peuvent être réciproques, mais dans l’écrasante majorité des cas, il s’agit d’un partenaire qui exerce des violences, du contrôle et son pouvoir sur l’autre partenaire. Les chiffres montrent que ce sont massivement les hommes qui sont les auteurs et les femmes victimes de ces violences.
En Europe, le terme utilisé pour les caractériser est la violence domestique. Dans le champ de la recherche scientifique, l’expression violence entre partenaires intimes peut être utilisée.
PODCAST CITOYENS & JUSTICE
27 siècles de domination patriarcale en héritage : Évolution de l’encadrement juridique des violences maritales
Emmanuelle Burgaud est maîtresse de conférences à l’université de Bordeaux en histoire du droit et des institutions et membre du CERFAPS (Centre Européen de Recherches en droit des Familles, des Assurances, des Personnes, et de la Santé).
Elle a intitulée son intervention « 27 siècles de domination patriarcale en héritage à partir de l’évolution de l’encadrement juridique des violences maritales : du 8ème siècle avant notre ère à la fin du 19ème siècle ». Le principal constat dressé concernant la période étudiée est la place prépondérante de l’homme au sein du groupe social et familial. Le cadre d’analyse et juridique proposé est celui du mariage, le mariage hétérosexuel, seul cadre d’union en droit reconnu entre un homme et une femme sur la période étudiée.
Cette intervention a été enregistré lors du colloque « violences de genre, violences intrafamiliales : une recherche systémique au service des pratiques », organisé par Citoyens & Justice et l’université de Bordeaux en octobre 2023.
Les enquêtes de références en France
En 2000, l'« enquête nationale sur les violences envers les femmes en France » (Enveff) répond aux recommandations faites aux gouvernements, lors de la Conférence mondiale sur les femmes à Pékin en 1995, « de produire des statistiques précises concernant les violences faites aux femmes ». Cette enquête a été réalisée par une équipe pluridisciplinaire de chercheurs appartenant au CNRS, à l’Ined, à l’Inserm et aux universités.
Une deuxième enquête « Violences et rapports de genre » (Virage) a été réalisée en 2015, auprès d’un échantillon de 27 000 femmes et hommes, représentatif de la population âgé.e.s de 20 à 69 ans, vivant en ménage ordinaire, en France métropolitaine.
Dans tous les contextes et à tous les âges, les taux de violences sexuelles sont beaucoup plus élevés pour les femmes que pour les hommes. Les femmes sont atteintes tout au long de la vie, dans tous les espaces, alors que les hommes le sont principalement dans le cadre de la famille pendant l’enfance et l’adolescence, mais rarement dans le cadre conjugal.
Depuis 2013, la création par décret de l'Observatoire national des violences faites aux femmes, hébergé par la mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains (Miprof) a le rôle d’harmoniser, d’analyser et de diffuser les données issues de la statistique publique mais aussi des enquêtes de victimation en population générale.
Données de l'Observatoire nationale
Les recherches internationales convergent dans le même sens à partir de données statistiques genrées, la prévalence des femmes victimes et des hommes auteurs de ces violences.

Violence conjugale et code de procédure pénale
Au niveau juridique, plusieurs infractions existent déjà dans le code de procédure pénale : violences volontaires, menaces, harcèlements conjugaux, actes de tortures et de barbarie, meurtres ou assassinats, viols conjugaux, agressions sexuelles, atteintes à la vie privée par la captation, l’enregistrement et la transmission sans le consentement des paroles, de l’image ou encore de la localisation, etc.
LES CIRCONSTANCES AGGRAVANTES
Le fait que ces violences soient exercées dans le cadre d’une relation actuelle ou passée crée une circonstance aggravante.
Les circonstances aggravantes sont elles aussi cumulatives, comme la présence des enfants, l’utilisation d’une arme, la consommation d’alcool ou autres produits stupéfiants…
Les violences intrafamiliales
DÉFINITION DES VIOLENCES INTRAFAMILIALES
Les violences intrafamiliales regroupent tous types de violences qui sont exercés au sein de la famille. Evidemment, la définition de la famille est en perpétuelle évolution et s’inscrit dans une contemporanéité des évolutions de celles-ci. Cette notion est d’ailleurs réinterrogée par le droit civil du fait de ces évolutions : couple et famille dit recomposée avec la dénomination commune de belle-mère et beau-père, couple homosexuel, famille monoparentale ou encore tout autre forme de couple ou famille dit « atypique » et contemporaine qui n’existe pas encore au sens juridique, comme l’illustre le « trouple » composé de trois personnes dans une relation affective. Dans les violences intrafamiliales, la famille est étendue au grands-parents, aux oncles et tantes, cousin.e.s, frères et sœurs.
Les violences intrafamiliales regroupent à la fois l’ensemble des violences conjugales, mais également une série d’infractions (liste illustrative non complète) : viol incestueux, agression sexuelle incestueuse, réduction en esclavage par ascendant, pratiques visant à modifier l'orientation sexuelle ou l'identité de genre, tous les types de violences, harcèlement sexuel par ascendant ou personne ayant l’autorité, proxénétisme, traite des êtres humains, privation de soin, délaissement d’un mineur, atteintes à la vie…
En France, le droit autour des violences intrafamiliales, dont font partie les violences conjugales, est divisé en deux champs distincts :
- d’un côté celui faisant référence à la famille (le droit civil) ;
- de l’autre celui faisant référence à la délinquance et la criminalité (le droit pénal).
Dans les violences intrafamiliales, notamment les violences conjugales, il s’agit de pouvoir articuler les deux. C’est pourquoi, certains pays comme l’Espagne et le Québec ont créé des juridictions spécialisées pour traiter du sujet.
Pour répondre à ce besoin, en France, le décret n° 2023-1077 du 23 novembre 2023, entré en vigueur le 1er janvier 2024, crée un pôle spécialisé dans la lutte contre les violences intrafamiliales au sein des tribunaux judiciaires et des cours d'appel. Il institue des magistrat.e.s coordonnateur.trice.s référent.e.s au parquet et au siège, ainsi que des comités de pilotage associant acteurs juridictionnels et partenaires extérieurs.
La justice utilise communément l’expression violences intrafamiliales (VIF). Cependant, cette dénomination n’a pas de définition précise au sens juridique du terme. Les VIF sont utilisées par les tribunaux judiciaires pour créer des filières de traitement d’urgence, des audiences spécialisées, des comités de pilotage réunissant différents magistrats et partenaires incontournables comme les associations habilitées justice, les services pénitentiaires d’insertion et de probation, les services de police et gendarmerie, les barreaux, les services dédiés de l’Etat via la préfecture notamment les services des droits des femmes et des partenaires incontournables tels que les associations d’aide aux victimes.
Les pôles spécialisés VIF en juridiction
Ces pôles spécialisés VIF en juridiction sont issus du « Plan rouge vif », visant à améliorer le traitement judiciaire des violences intrafamiliales, réalisé en 2023. Le rapport émane d’une mission parlementaire confiée à la députée Émilie Chandler et à la sénatrice Dominique Vérien, assistées d’une équipe d’inspecteur.trice.s de la Justice. Deux ministères se sont engagés conjointement dans cette démarche, celui de la Justice et celui de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la diversité et de l’égalité des chances.
Les deux parlementaires ont auditionné plus de 300 personnes, expert.e.s praticien.ne.s, universitaires comme associations (notamment la fédération Citoyens & Justice) mais également, les premiers concernés, les justiciables.
Inspirées par des juridictions françaises considérées comme pilotes en la matière et par des expériences à l’étranger, le rapport a abouti à un état des lieux complet des politiques mises en œuvre en la matière et à 59 recommandations, dont la spécialisation du traitement des VIF en juridiction.
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