La définition du terrorisme intime
La famille comme lieu de « terrorisme intime », cette notion fait référence à la classification de Michael P. Johnson. L’auteur a analysé les violences conjugales proposant une typologie des violences.
Dans les années 2000, Michael P. Johnson distingue dans sa typologie trois formes de violence au sein du couple :
- La violence de couple situationnelle, qui peut surgir dans un conflit,
- Le terrorisme intime dans lequel l'agresseur use de violences au service du contrôle général du partenaire,
- La résistance violente à ce contrôle.
Le terrorisme intime se caractérise par un contrôle coercitif exercé dans différentes sphères, mais aussi par la fréquence et la gravité des comportements violents.
La lecture de genre, présente dans la typologie de Johnson, permet d’identifier et de mieux comprendre comment les constructions relationnelles les plus intimes sont dépendantes des codes sociaux et culturels.

L'impact des violences conjugales sur les compétences parentales
Le focus à hauteur d’enfant permet de rendre compte de l’évolution de la loi reconnaissant les enfants comme co-victimes des violences conjugales, et les résultats des recherches scientifiques sur les conséquences des violences sur le développement de l’enfant. Si les violences de couple ont un impact sur les enfants, elles ont également un impact sur les compétences parentales de la victime.

Ces victimes dont les compétences parentales peuvent être remises en question de la part des institutions et des professionnel.le.s, sans percevoir les conséquences des violences sur le parent victime. Ce parent peut alors être perçu comme défaillant si la dimension systémique n’est pas prise en compte : par exemple, oublier d’aller chercher son enfant à l’école peuvent être le signe de conséquences traumatiques (grande fatigue, trouble de la mémoire, hypervigilance, dissociation).
Les attentes des professionnel.le.s sur les compétences parentales sont différentes quand il s’agit d’une mère ou d’un père.
C’est ce que l’analyse genrée permet de mettre en lumière dans les recherches sur le sujet de la parentalité. Le niveau d’exigence va être très élevé du côté des mères, et pourtant celles-ci, lorsqu’elles sont victimes de violences conjugales, peuvent avoir de nombreuses conséquences qui viennent affecter leur capacité à s’occuper des enfants et d’elle-même. Le niveau d’attente des professionnel.le.s du côté des pères va être beaucoup moins élevé, le lien avec les enfants va être encouragé et les violences commises minimisées.
Dans les faits, en France, en 1986, les femmes géraient 80 % des « activités parentales » liées aux enfants. 25 ans plus tard, elles en géraient encore 71 %. Actuellement, la notion de « charge mentale » se conjugue toujours largement au féminin.
L'accompagnement à la parentalité des auteurs de violences conjugales
L’analyse des capacités parentales quand l’exposition aux violences conjugales est présente nécessite un changement de regard. Le fait d’exposer l’enfant à la violence conjugale apparait ainsi comme une lacune importante des compétences parentales. Aussi, bien que le père puisse démontrer certaines capacités parentales et être en mesure de se contrôler en présence de son enfant, en raison des gestes posés à l’encontre de la mère, parfois d’une extrême violence, il peut présenter un risque élevé pour la sécurité de l’enfant. Il est toutefois nécessaire de reconnaître les forces du père envers ses enfants et les moyens pris pour améliorer sa relation parent-enfant.
Les moyens mis en place pour favoriser la relation père-enfant doivent néanmoins correspondre aux besoins de l’enfant et à ses besoins ou souhaits, considérer ses craintes et le niveau de dangerosité que représente le père. L’accompagnement du père (auteur de violence conjugale) a pour objectif de développer une paternité sûre et impliquée, qui s’inscrit en corrélation avec le développement de l’enfant.
Si accompagner dans leur parentalité les auteurs de violences conjugales ne va pas de soi, cet accompagnement revêt un caractère pourtant déterminant dans la protection et la sécurité des enfants.
La figure du monstre et l’imaginaire collectif du conjoint violent qui serait une abominable personne, un homme dont on voit sur lui qu’il est violent, crée un empêchement du désir d’agir, une non-envie d’accompagner. Tendre la main à quelqu’un qui a commis des violences ne va pas de soi, aussi bien chez les professionnel.le.s que chez les personnes concernées (les auteurs eux-mêmes).
Prendre soin ne veut pas dire éluder les violences, néanmoins cette dimension semble être un incontournable pour accompagner au changement. Les situations de violences ne sont pas immuables et désapprendre la violence masculine demande du temps et de l’engagement.
L'AVIS DE CITOYENS & JUSTICE
Citoyens & Justice encourage par ailleurs au délitement et à la non-utilisation du « pseudo syndrôme d’aliénation parentale » qui constitue une illustration concrète de la mise en œuvre pendant des décennies du dénigrement des compétences parentales chez les victimes.
L'accompagnement à la parentalité des auteurs de violences conjugales
Intervention de Cécile Kowal, psychologue responsable clinique à l'association PRAXIS (Belgique)
Du côté des parents auteurs de violences, l’accompagnement à la parentalité s’inscrit dans l’accompagnement global nécessaire pour amorcer un changement.
Cet accompagnement à la parentalité peut s’inscrire pendant des mandats judiciaires, phase durant laquelle le lien avec les enfants n’est pas toujours effectif. Parfois, les magistrats peuvent avoir suspendu les droits de visite et d’hébergement dans un souci de protection des enfants ou encore l’éviction du conjoint violent rend difficile le maintien des liens. La parentalité ne s’arrête pas quand les liens s’arrêtent ou sont momentanément interrompus. Au contraire, aborder la parentalité chez les auteurs dont le récit du père peut se confronter entre un soi imaginaire, une sorte d’image de père idéal, et un discours de réalité qui illustre des contradictions, un déficit de mentalisation qui se cumule à une incapacité d’identifier ses émotions et une éducation genrée et stéréotypée.
Ce moment d’absence de lien peut revêtir un levier d’accompagnement à saisir, la parentalité comme facteur motivationnel au changement, le sujet des enfants comme moteur de désistance. Sans être dupe, le conjoint violent peut être un père violent, utilisant l’enfant et l’instrumentalisant pour avoir accès à son ex, son.sa partenaire.
C’est un des enjeux de l’accompagnement à la parentalité, identifier si l’auteur de violences conjugales revêt un caractère dangereux pour l’enfant ou les enfants, mobilisant sources de contrôle coercitif et conflit de loyauté, ou s’il peut s’inscrire dans un processus de changement et une paternité future sécure.
En 2023, la Commission nationale Justice des Enfants et des Adolescents de Citoyens & Justice et la Sauvegarde des Yvelines ont organisé une journée sur cette thématique au Tribunal Judiciaire de Versailles qui a permis d'aborder les questions suivantes :
- Comment accompagner l’enfant dans son lien avec le parent auteur de violence conjugale ? Comment garantir l’intérêt supérieur de l’enfant et comment l’évaluer ? Le retrait de l’autorité parentale est-il une solution ? Peut-on, doit-on séparer la question du retrait de l’autorité parentale de la question du maintien du lien ? Peut-on articuler ces deux notions au bénéfice de l’enfant ? Quel impact sur nos pratiques ?



