Les violences au sein de la famille et parentalié

L'inceste

L’inceste, le viol incestueux, les violences sexuelles incestueuses et le climat incestuel ont trouvé un écho nécessaire en France suite à plusieurs œuvres littéraires et affaires incestueuses rendues publiques.

L’inceste, d’après de nombreux anthropologues, correspond à un système incestueux, dans lequel, la sexualité est investie dans le milieu intrafamilial.

Qu'est-ce que l'inceste ?

L’inceste, d’après de nombreux anthropologues, correspond à un système incestueux, dans lequel, la sexualité est investie dans le milieu intra-familial. Le droit pénal s’est saisi récemment, suite au mouvement #MeToo et aux demandes du secteur associatif de ce concept sociologique.

Désormais, l’inceste peut être saisi par la justice pénale en cas de viol incestueux ou encore d’agression sexuelle incestueuse, impliquant des mineurs, mais le qualificatif « d’incestueux » peut se voir ajouter également à tout type de violences sexuelles commises dans la sphère familiale, même entre majeurs.

Le climat incestuel quant à lui peut intégrer d’autres catégories pénales plus générales notamment en lien avec des maltraitances liées à l’enfant.

inceste

Les enquêtes récentes sur l'inceste

En 2020, une enquête de l’IPSOS (Institut de sondage et d’étude par enquête) révélait qu’un Français sur dix affirmait avoir été victime de situations incestueuses, intégrant le fait d’avoir été victime dans l’enfance ou l’adolescence, d’une/ des agressions sexuelles comme des attouchements ou des caresses, des actes d’exhibitionnisme, être l’objet de confidences répétées à caractère sexuel, un/des viol.s, du harcèlement sexuel, contrainte de poser pour des photographies érotiques ou pornographiques.
Dans huit cas sur dix, les victimes sont des femmes.

Dans une enquête plus récente de l’IPSOS datant de 2023, on remarque une évolution des statistiques, où 11% de Français sont victimes d’inceste dont 1/3 d’hommes et 2/3 de femmes. Cette évolution est due à la libération de la parole et à des actions de sensibilisation, en particulier en direction des hommes. 

Depuis, d’autres enquêtes ont confirmé l’ampleur des violences sexuelles subies dans la famille, notamment dans la période de l’enfance et ont mis en avant une dimension genrée : les agresseurs sont, dans une écrasante proportion (77% d’après le sondage suscité, et jusqu’à 97% en matière de viols incestueux), des hommes, et plus âgés que les victimes (8 cas sur 10 ils sont majeurs et selon d’autres chiffres, la moitié des auteurs impliqués dans des affaires de viols seraient mineurs). Il s’agit essentiellement de pères ou de beaux-pères et des oncles quand les victimes sont des filles, de frères et de pères ou de beaux-pères quand les victimes sont des garçons.

Dans 97% des cas, l’agresseur est un homme. Dans 81% des cas, il est majeur.

statistiques sur l'inceste

La commission indépendante sur l’Inceste et les Violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE)

La Commission Indépendante sur l’Inceste et les Violences Sexuelles faites aux Enfants

La Commission Indépendante sur l’Inceste et les Violences Sexuelles faites aux Enfants (CIIVISE) a été créée en 2020 et est venue répondre à la nécessité d’évaluer l’impact de l’inceste sur le plan social et judiciaire. A partir du recueil de 27 000 témoignages, la CIIVISE a rédigé son analyse dans un rapport avec des préconisations afin de mener une politique publique pour faire face à l’inceste et aux violences sexuelles faites aux enfants en tant que problème social historique et politique. Dans son rapport, 80% des situations recueillies concernent les violences sexuelles incestueuses. Sortir du déni et faire face à cette réalité constitue un des enjeux identifiés par la commission.

EN SAVOIR +

Les violences sexuelles incestueuses

Concernant les violences sexuelles incestueuses, elles sont le berceau d’une double domination, à la fois liée au genre et à l’âge. Le terme inceste réunit différentes conceptions. Le terme inceste est apparu au 14ème siècle afin de venir incriminer les relations sexuelles entre proches parents, indifféremment qu’ils soient majeurs, ou mineurs et majeurs, les deux partenaires étaient sanctionnés pour ce comportement. Cette définition légale de l’inceste perdure dans de nombreux pays actuellement tel que la Suisse ou encore le Canada. En France, l’on retrouve sa trace par exemple, en droit civil, où il est interdit le mariage entre ascendants et descendants.

Dès lors, l’inceste n’est pas reconnu comme une infraction sexuelle à part entière ce qui perpétue le tabou autour de ces pratiques et empêche par exemple la reconnaissance pour un majeur victime d’être reconnue victime d’un viol ou d’une agression sexuelle incestueuse, dès lors que seuls les mineurs sont exclus de cette infraction « d’inceste » pour renvoi aux « abus sexuels sur enfants » (code criminel canadien et code pénal suisse).

" L’inceste est ainsi érigé en problème politique et social comme une violence sexuelle sur mineur dans la famille. Cependant différentes conceptions de l’inceste coexistent selon les savoirs qui le construisent et leurs contextes d’émergence. Il n’existe en effet pas un inceste mais des incestes." (Source : "Dire, entendre et juger l'inceste - du moyen âge à maintenant", Anne-Emmanuelle Demartini et Julie Doyon, historiennes, et Léonore Le Caisne - Éditions du Seuil)

L’inceste désigne aussi, dans une acception plus large, l’alliance interdite entre des membres apparentés. En droit civil français, par exemple, cette interdiction vise les ascendants et les descendants, les frères et sœurs, oncles, tantes, neveux et nièces.

" Pour les sociologues et les anthropologues des 19ème et 20ème siècles, qui ont travaillé sur les règles de parenté, l’inceste est à la fois une alliance et une relation sexuelle interdite entre deux membres apparentés qui peuvent différer d’une société à l’autre." (Source : "Dire, entendre et juger l'inceste - du moyen âge à maintenant", Anne-Emmanuelle Demartini et Julie Doyon, historiennes, et Léonore Le Caisne - Éditions du Seuil)

En France, c’est à compter de la fin du 20ème siècle qu’une libération de la parole débute et qu’une reconnaissance des conséquences sur les victimes de tels crimes se fait connaître. Dès lors, c’est la volonté des victimes d’inscrire le terme d’inceste dans la loi pénale, car bien qu’il ne s’agisse que d’un simple changement sémantique sans modification sur le fond et sur la sanction encourue, l’objectif est de rompre avec le silence et que le Code pénal assume une fonction symbolique.

« Nommer l’interdit, c’est donc offrir la possibilité de mieux le cerner à ceux-là mêmes qui l’ignoraient et l’ignorent encore ou ne l’ont simplement pas assimilé. »

Dorothée Dussy, "Le berceau des dominations", p.23

Ce qui fut le cas à compter de la loi du 21 avril 2021, où le terme « incestueux » a permis la création de nouvelles infractions sexuelles sur mineurs mais également de garantir la possibilité de surqualification avec ce terme, y compris pour les infractions sexuelles n’impliquant pas de mineur victime.

Dès lors, " l’actualité a fait entrer en collision la conception de l’inceste comme alliance ou sexualité interdites dans la parenté et celle de l’inceste comme agression sexuelle intrafamiliale, la prise en compte d’une règle de parenté comme interdit social, et celle par la loi la considérant comme un crime. "
(Source : "Dire, entendre et juger l'inceste - du moyen âge à maintenant", Anne-Emmanuelle Demartini et Julie Doyon, historiennes, et Léonore Le Caisne - Éditions du Seuil)

Qu'est-ce que la pédocriminalité ?

Il semble nécessaire de distinguer le pédocriminel incestueux et le pédocriminel extra-familial et celui qui agit à la fois en milieu intrafamilial et en milieu extrafamilial.

Ces distinctions sémantiques, socialement ont plusieurs effets positifs. Tout d’abord, ceux énoncés précédemment concernant la reconnaissance des victimes de violences sexuelles de nature incestueuses, la libération de la parole, permettant de dépasser pour les victimes le tabou de la parole autour de la pratique violente et récurrente de l’inceste.

Mais cela a eu également un second effet positif socialement parlant. En effet, au cours du 19ème siècle, le pédocriminel, en tant qu’« auteur d’infraction à caractère sexuel impliquant un enfant victime » n’était vu qu’à travers un imaginaire collectif, impliquant un monstre pédophile. A été construit alors, le monstre contemporain, l’intolérable de nos sociétés, une représentation sociale, nourrie par les faits divers de la fin du 20ème siècle telle que l’affaire Dutroux à titre d’illustration.

LA DISTINCTION ENTRE PÉDOPHILE ET PÉDOCRIMINEL

 

Néanmoins, distinguer le pédophile du pédocriminel est essentiel en termes de prévention. Pédocriminel peut dépendre de plusieurs profils, là où tous ne sont pas pédophiles, notamment les profils incestueux où la problématique de la pédophilie ne se trouve qu’à la marge.

Entre 35 et 40% des pédocriminels ont eux-mêmes subi des violences sexuelles durant leurs enfances, et que même si cela n’excuse en rien l’acte violent commis, cela demeure un élément de compréhension du passage à l’acte violent, important à prendre en compte dans leurs prises en charge pour éviter la récidive, mais également pour développer les différentes strates de préventions.  

Définition de la pédophilie

Le terme « pédophilie » provient du grec ancien : παῖς / paîs qui signifie « enfant » et φιλία / philía qui signifie « amour / amitié », en outre, l’amour des enfants. Terme qui en raison de son étymologie peut être mal perçu, certains préfèrent la terminologie de “pédosexuel” pour éviter la romantisation de ce que ce terme sous-tend.

Ce terme est un néologisme dérivé de pedophilia erotica proposé par le psychiatre autrichien Richard von Krafft Ebing en 1886, dans son ouvrage Psychopathia sexualis.

Il s’agit d’un terme psychiatrique qui désigne « la préférence sexuelle d’un adulte pour les enfants impubères ou en début de puberté, qui domine la sexualité d’un individu ».

Cette définition se retrouve au sein du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM) et de la Classification internationale des maladies (CIM), deux manuels de références en psychiatrie. En terme psychiatrique, le pédophile est celui qui reçoit le diagnostic de pédophilie.

LA DISTINCTION VICTIMOLOGIQUE ENTRE «PÉDOPHILE» ET «PÉDOCRIMINEL»

 

Pour les associations de victimes, il faut distinguer le « pédophile », attiré par les enfants sans passer à l’acte, et le « pédocriminel », c’est à dire celui qui consomme son attirance sexuelle en commettant une infraction pénale. Si la pédophilie n’est ni une infraction, ni une qualification juridique, le terme est largement utilisé pour décrire des actes répréhensibles, entraînant une confusion manifeste entre celui qui abuse et celui qui s’arrête au stade des fantasmes, et ce qui en termes de prévention peut entraîner diverses conséquences en défaveur de la protection des enfants.

 

Définition de la pédophilie : Anouck JEGO, 2021, L’impact des représentations sociales sur la prise en charge judiciaire et thérapeutique du pédophile

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