[Analyse] Enfants en situation complexe : de qui parle t-on ? De quoi parle t-on ?
Publié le mardi 11 mars 2025Citoyens & Justice et l'Uniopss ont réalisé, en lien avec leurs associations socio-judiciaires et de protection de l'enfance adhérentes, un document d'analyses et de témoignages sur la question des enfants en situation complexe ou en grande vulnérabilité.
Analyse de Citoyens & Justice et l'Uniopss
L’Uniopss et Citoyens & Justice ont été auditionnées le 13 juin dernier dans le cadre de la mission interministérielle relative à la prise en charge concertée des mineurs, sous protection, en situation complexe ou en grande difficulté. Afin de préparer cette audition au plus près des préoccupations actuelles du terrain, l’Union et la Fédération ont opté pour l’organisation d’un groupe de travail réunissant 11 associations sur deux séances de deux heures.
Ces 11 associations sont situées dans les interrégions Ile de France et Outre Mer, Grand Ouest, Nouvelle Aquitaine, Grand-Nord, Centre-Est, Grand-Centre, Grand-Est. Elles accompagnent les jeunes dans le cadre de placement au civil, au pénal, parfois les deux, en milieu ouvert mais aussi en accompagnement de remobilisation sociale et d’insertion.
Cette diversité des modes de prise en charge et des territoires représentés permet d’avoir une vision globale des acteurs associatifs de la protection de l’enfance. Des consensus n’ont pas émergé sur l’ensemble des sujets abordés. Cependant, il est ressorti de vrais positionnements sur la définition des enfants en situation complexe mais aussi sur ce qu’est la mission de la protection de l’enfance et le périmètre des enfants qu’elle doit protéger, ainsi que sur l’essence même du travail socioéducatif et de ses acteurs qui n’apparait plus dans les écrits et les discours.
Il nous a paru essentiel de partager ces travaux avec le plus grand nombre, et d’alimenter les réflexions sur les missions de la protection de l’enfance, les enfants et les jeunes ayant un besoin de protection, et la nature de cette protection.
Est-on encore dans la protection lorsqu’on limite les établissements de l’aide sociale à l’enfance à une mission d’hébergement, lorsqu’on considère que la situation de certains enfants dépasse « une simple prise en charge au titre de l’ASE » ou relève t-elle d’une autre prise en charge ?
Cela ne sous-entend-il pas l’incapacité de la protection de l’enfance à accompagner les jeunes dans leurs vulnérabilités évolutives et singulières dont l’hébergement n’est d’ailleurs qu’une des modalités possibles ?
En effet, les enfants protégés ont tous vécu des traumatismes suffisamment lourds et graves pour qu’une décision administrative ou judiciaire acte de la nécessité de suppléer de manière plus ou moins renforcée aux devoirs de protection, d’éducation des détenteurs de l’autorité parentale en raison de « difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité de enfants ou de compromettre gravement leur éducation ou leur développement physique, affectif, intellectuel et social », sans parler du choc que constitue la rupture avec leur milieu naturel pour les enfants accueillis hors de leur domicile familial.
A cet égard, l’ensemble des associations présentes à notre groupe de travail ont rappelé que les différentes situations de vulnérabilité des enfants qui leur sont confiés sont l’essence même de leur mission. Elles rappellent la nécessité de réinvestir et de valoriser les fonctions éducatives autour des notions de l’accroche éducative, de la permanence du lien, de créer et financer la souplesse nécessaire à la réalisation de leur mission, de développer et consolider la confiance réciproque et la responsabilisation conjointe avec les institutions concernées, notamment l’ASE et la PJJ.
Enfin, sans nier les difficultés rencontrées par les associations pour accompagner certains jeunes, la création d’établissements spécifiques et spécialisés ne peut constituer l’unique réponse à l’accompagnement des mineurs en situation complexe, surtout s’ils sont considérés comme la dernière solution institutionnelle pour des jeunes déjà habitués à les mettre à mal, avant un retour en famille par défaut.
SOMMAIRE
- Un problème de définition : qui sont les mineurs en situation complexe ?
- Les freins à l'accueil des enfants les plus vulnérables par les établissements et services dits classiques
- La nécessité de penser le secteur associatif en tant que partenaire de confiance dans un maillage territoriale piloté et coordonné par l'ASE et la PJJ
- Au sein des établissements et services de la protection de l'enfance, une diversité de modalités d'accompagnement entre universalité et spécialisation
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