Circulaire de politique pénale du 20 septembre 2022

Publié le vendredi 30 septembre 2022
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Le garde des Sceaux, par le biais de la Direction des Affaires Criminelles et des Grâces du ministère de la Justice, a publié le 20 septembre 2022 sa circulaire de politique pénale générale. Nous vous proposons de retrouver une brève analyse du texte ci-dessous ainsi que certaines de nos remarques sur son contenu.

Lire la circulaire

Le garde des Sceaux vient d’envoyer aux procureurs généraux et aux procureurs sa traditionnelle circulaire de politique pénale. Il y déroule ses priorités pour les deux années à venir. Il y annonce que ce quinquennat devra « être celui de la refonte de notre procédure pénale ». Il pointe que « Celle-ci a beaucoup évolué depuis l’entrée en vigueur en 1958 d’un code dont les équilibres ont été profondément modifiés au gré des attentes sociétales, de l’évolution de la criminalité, de la technologie, des jurisprudences judiciaires, constitutionnelles ou européennes ».

Parmi les priorités déroulées par le ministre de la Justice, « Une attention plus soutenue aux atteintes graves aux personnes, notamment commises dans la sphère familiale ». Il souhaite notamment que l’engagement de l’institution judiciaire « élève à un niveau supérieur la protection des enfants », faisant référence au récent rapport de la CIIVISE. Il souhaite que ces jeunes fassent l’objet « d’une prise en charge de qualité de ces mineurs victimes, notamment dans le cadre des unités d’accueil pédiatrique enfance en danger (UAPED) dont le déploiement doit se poursuivre ».

L’attention aux viols et agressions sexuelles est également pointé dans cette circulaire, « spécialement lorsque les faits ont été commis dans un cadre professionnel, scolaire ou universitaire, ou motivés par des considérations sexistes ou à raison de l’orientation sexuelle ».

Conséquence de la prise de conscience croissante de la problématique environnementale, cette circulaire demande « une mobilisation accrue sur le traitement judiciaire des atteintes à l’environnement » en veillant notamment à utiliser les outils pénaux issus de la loi du 24 décembre 2020 relative au Parquet européen, à la justice environnementale et à la justice spécialisée, tels que la convention judiciaire d’intérêt public environnementale, ou de la loi du 22 août 2021 portant lutte contre le dérèglement climatique et le renforcement de la résilience face à ses effets.

La circulaire rappelle qu’ « il est primordial d’adapter le contenu de la sanction à l’infraction commise ». Les parquets doivent ainsi privilégier, pour les « infractions de basse ou moyenne intensité », « les alternatives aux poursuites à contenu et les compositions pénales ». Plus spécifiquement, des stages de citoyenneté à contenu spécialisé doivent être encouragés.

Sur la surpopulation carcérale critique, le ministre demande expressément de s’assurer que les parquets « veillent à la stricte nécessité de la détention provisoire », en privilégiant notamment les mesures d’Assignation à Résidence sous Surveillance Electronique. Par ailleurs, « La politique dynamique en faveur de la mise en oeuvre de la réforme du « bloc peines » doit être poursuivie. « Elle doit tendre en particulier à limiter les courtes peines de prison, ou à les aménager, et à recourir lorsque les faits le justifient aux alternatives à l’incarcération pour mieux répondre au principe de l’individualisation des peines ». Le développement des peines de Travail d’Intérêt Général, « qui ne saurait se limiter aux primo délinquants ni aux personnes présentant des difficultés d’insertion » doit être renforcé, y compris comme obligation particulière du sursis probatoire.

Le ministre demande de veiller « à la poursuite des actions tendant à réguler la population carcérale » notamment grâce aux aménagements de peines et aux alternatives à l'incarcération dans le cadre d’un dialogue entre l’institution judiciaire et ses partenaires. De même il souhaite « favoriser le prononcé des aménagements de peine et des libérations sous contrainte des personnes condamnées détenues ».

L’attention aux victimes fait également partie des priorités du garde des Sceaux, en précisant notamment qu’il souhaite « une attention toute particulière à l’information portée aux victimes sur les suites données à leurs plaintes, ou sur le parcours de peine des auteurs, notamment lors de la sortie de détention des condamnés pour violences intrafamiliales ».

 

L’avis de la fédération sur le champ pré sententiel

Citoyens & Justice ne peut que regretter que la lutte contre la détention provisoire s’appuie uniquement sur le développement de l’ARSE et l’ARSEM, au détriment du contrôle judiciaire socio-éducatif, mesure socio-éducative qui astreint la personne concernée à se soumettre à une ou plusieurs obligations destinées à favoriser l’insertion sociale et la prévention de l’infraction et prévues par le Code de Procédure Pénale.

S’agissant des Mesures Alternatives aux poursuites, la circulaire note que « Pour les infractions de basse ou moyenne intensité, les parquets privilégieront toujours autant que possible, notamment dans le cadre de filières de l’urgence, les alternatives aux poursuites à contenu et les compositions pénales. […] Vous continuerez pour ce faire de vous appuyer sur les délégués du procureur et médiateurs pour donner des réponses pénales […]. »

Les associations socio-judiciaires qui sont délégués du procureur de la République - personne morale sont ainsi visés pour la mise en œuvre de mesures alternatives aux poursuites.

 

L’avis de la fédération sur le champ post sententiel

La circulaire rappelle la nécessité de recourir aux peines alternatives à l’emprisonnement et aménagements de peine concernant les personnes condamnées détenues, en vue de limiter le prononcé de courtes peines de prison.

Concernant la peine de Travail d’Intérêt Général et le TIG comme obligation particulière du sursis probatoire, le ministre de la Justice confirme le souhait d’encourager le prononcé de cette mesure « qui ne saurait se limiter aux primo délinquants ni aux personnes présentant des difficultés d’insertion ».

Enfin, le ministre de la Justice souhaite « Institutionnaliser […] un dialogue étroit entre l’autorité judiciaire, siège et parquet réunis, les auxiliaires de justice, les services déconcentrés de l’administration pénitentiaire et les partenaires associés […] », en vue de poursuivre les efforts de régulation de la population carcérale dans le cadre de “véritables politiques de juridiction”. Citoyens & Justice y voit une opportunité de faire avancer la question du développement de la mesure de Placement à l’Extérieur à tous les stades de la procédure.

 

L’avis de la fédération sur le champ de la Justice des enfants et des adolescents

En écho notamment avec le rapport rendu le 21 septembre 2022 par la Commission Indépendante sur l’Inceste et les Violences Sexuelles faites aux Enfants (CIIVISE) la circulaire pointe la nécessité d’ « élever à un niveau supérieur la protection des enfants » . En effet, la « CIIVISE a évalué à plus de 160.000 le nombre d’enfants victimes chaque année de violences sexuelles, et la prostitution, qui pourrait concerner jusqu’à 10 000 mineurs, est en augmentation régulière depuis 5 ans. Un enfant meurt par ailleurs tous les cinq jours de violences intrafamiliales »

La fédération ne peut que se féliciter de cette prise de conscience qui concerne potentiellement tous les enfants et y compris ceux en conflit avec la loi que le réseau de la fédération accompagne quotidiennement. Ils font partie en nombre de ces victimes qu’il convient de repérer en tant que telles pour leur apporter toute l’aide, l’écoute et le soutien nécessaire à leur situation d’extrême vulnérabilité. 

Par ailleurs, le ministre de la Justice annonce que ce quinquennat sera celui de la refonte du Code de Procédure Pénale. La fédération sera vigilante à ce que cette refonte qui concerne aussi les enfants, selon la circulaire, ne vienne  pas complexifier le nouveau Code de la Justice Pénale des Mineurs dont on fêtera à peine les un ans dans quelques jours. A contrario, cela peut être l’occasion de porter de nouveau nos amendements concernant la césure pénale, l’audience unique, la réparation et la médiation pénale, les jeunes majeurs en détention.etc. Affaire à suivre…

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