[Interviews] Colloque "Violences de genre, violences intrafamiliales : une recherche systémique au service des pratiques"

Publié le jeudi 11 janvier 2024
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Citoyens & Justice a interviewé plusieurs intervenant.e.s lors des deux journées de colloque "Violences de genre, violences intrafamiliales : une recherche systémique au service des pratiques", organisées à Paris les 18 et 19 octobre 2023.

A travers l’ensemble de ces interviews, vous pouvez retrouver des éléments de la recherche scientifique et les apports des praticien.ne.s permettant de s’interroger sur les sujets de genre, des violences, des auteurs, des passages à l’acte, des victimes, de la société… dans l’objectif de faire évoluer en permanence les pratiques à partir des constats de la recherche ou faire évoluer la recherche à partir des constats des pratiques professionnelles.

 

"L'articulation entre la recherche et les pratiques professionnelles a été au coeur de ces deux journées"

 

La recherche présentée a alimenté les réflexions des professionnel.le.s des secteurs judiciaires, socio-judiciaires mais également de la protection de l’enfance, du travail social, de la santé, de l’insertion, de l’éducation populaire et des arts… Intitulée Genvipart, la recherche scientifique a décrit quatre logiques d’action chez les auteurs, avec comme focal d’analyse le genre, et plus particulièrement l’impact des masculinités dans le recours à la violence. Partant du postulat que si les accompagnements sont identiques alors que les ressorts et les logiques d’action sont différents, alors il semble probable que certains accompagnements ne soient pas adaptés. 

Genvipart : origine et résultats d'une recherche sur les violences intrafamiliales

Eric MACE est professeur de sociologie et vice-président des transitions environnementales et sociétales de l’université de Bordeaux, et responsable scientifique de la recherche GENVIPART. Lors de ces journées, il a pu présenter les résultats de la recherche Genvipart, notamment les 4 logiques d’actions des auteurs de violences contre partenaires intimes.

Les logiques d’action observées et analysées par les chercheurs font apparaître l’importance de l'impact de la construction sociale masculine. L’interdit de la violence entre partenaires intimes affirmée par la loi d’une part, et l’égalité dans les relations affectives d’autres part, viennent mettre en tension des hommes qui ont recours à la violence faute d’habilités relationnelles et émotionnelles. Leur toute puissance exprimée par la violence viendrait illustrer une forme d’impuissance de l’expression de leur vulnérabilité. Cette forme de post patriarcalité, comme le souligne Eric Macé, sociologue et directeur de la recherche, serait des expressions de narcissisme blessé, d’égocentrisme contrarié, d’emprise et de contrôle sur autrui. Saisir les logiques d’action à l’œuvre permettrait d’adapter les accompagnements dans le cadre des mesures judiciaires pour accroître l’efficience des programmes et prévenir la récidive. 

 

Lutte contre les violences conjugales : la recherche Genvipart au service des magistrats

Ombeline MAHUZIER est présidente du tribunal judiciaire de Colmar, et a été présidente de l’association Femmes de Justice entre 2018 et 2022. Lors de sa présentation, Ombeline Mahuzier a illustré la politique engagée qu’elle a initié au sein de la juridiction de Châlon-en-Champagne, en développant un continuum d’analyse critique face au continuum des violences conjugales. 

 

Les notions de genre et de masculinité dans l’accompagnement des auteurs

Simon Dubois Yassa est chargé de missions, formateur et consultant sur les questions de genre et masculinités dans l’ONG belge “Le Monde selon les femmes”. Son intervention a porté sur les notions de masculinité, de genre et de rapport à la violence, abordé notamment dans le cadre des ateliers qu’il anime.

Recherche & pratiques professionnelles : une articulation essentielle à l'élaboration de dispositif

Marine DELAUNAY est docteure en sociologie à l’université de Bordeaux. Membre de l’équipe Genvipart, elle a présenté les résultats de la recherche portant sur le sens de la peine et son impact chez les auteurs.

Elle a proposé un éclairage sur la manière dont l’action pénale sur les violences conjugales affecte les croyances des auteurs de ces violences, sanctionnés par un stage de responsabilisation dans le cadre d’une alternative aux poursuites. Les entretiens qu'elle a conduit à la suite d'observation des stages illustrent les représentations des hommes dans leur recours à la violence et les représentations qu'ils ont du couple. Les verbatims des hommes interrogés regorgent de stéréotypes de genre, des rapports de domination et de pouvoir à l’œuvre illustrant les tensions entre l'évolution des lois en faveur de l'égalité entre les femmes et les hommes d'une part et l'héritage social et historique d'une vision du couple patriarcale d'autre part. 

 

Regard international sur la recherche Genvipart

Valérie ROY est professeure de travail social et criminologie de l’université de Laval au Canada. 

Elle a témoigné de sa longue expérience dans le domaine des recherches-actions au Québec, notamment sur les pratiques de terrain qui viennent faire évoluer les recherches et l'analyse scientifique qui fait évoluer les pratiques professionnelles. Cette culture de recherche-action québecoise a permis d'offrir des connaissances sur les spécificités de l'accompagnement des auteurs de violences conjugales.

Elle a présenté les expériences québécoises autour de la responsabilisation des auteurs de violence et des conclusions ayant permis l’élaboration d’un guide destiné aux professionnel.le.s.

«A cœur d’homme», une association engagée pour l’accompagnement des auteurs de violences conjugales

Sabrina NADEAU est directrice générale du réseau « à cœur d’homme » au Québec. Lors de sa présentation, Sabrina Nadeau a présenté le réseau « A cœur d’homme » et l’articulation avec le monde de la recherche au Québec dans la perspetive de construire des outils à destination des professionnel.le.s, afin de mieux les accompagner dans la prise en charge des auteurs de violences conjugales.

Parentalité et violences intrafamiliales : la responsabilisation des auteurs des violences

Cécile KOWAL est psychologue responsable clinique à l’association PRAXIS (Liège, Belgique). Son intervention a porté sur les pratiques de terrain en matière d’accompagnement des auteurs de violences conjugales, en particulier au sein de l’association PRAXIS, puis sur l’accompagnement à la parentalité des auteurs de ces violences.

Le partage d'analyse de situation clinique a permis d'illustrer les représentations à l’œuvre chez les hommes auteurs de violences conjugales notamment sur leur perception en tant que père. 

En croisant les pratiques à l’internationale qui ont une expertise de plus de 40 ans et les dernières recherches en la matière, l’analyse critique des pratiques professionnelles en sera enrichie et plus efficiente.

Enfants et violences dans le couple : l'enjeu majeur de la reconnaissance du statut de co-victime

Karen SADLIER est psychologue clinicienne, docteure en psychologie et psychopathologie, directrice du département enfant de l’institut de Victimologie. Son intervention a porté sur la place des enfants co-victimes dans le cadre des violences dans le couple.

Le travail scientifique exposé a permis d'illustrer les nombreuses conséquences traumatiques présentes chez les enfants exposés aux violences conjugales. Karen Sadlier a précisé que souvent les violences conjugales démarrent sur un conflit lié à la parentalité. Son analyse genrée présente le couple dans lequel il y a des violences conjugales comme un modèle parental asymétrique versus un modèle égalitaire en mettant en exergue les stratégies de l'agresseur et les enjeux de la posture professionnelle pour y répondre.

 

L'évolution du traitement médiatique des violences intrafamiliales

Laurène Daycard, journaliste et auteure, a présenté son parcours et les années de receuil d'informations auprès des familles victimes de féminicides, de survivantes et d'auteurs de violences conjugales. Elle a pu présenté son livre et exposé le genre de journalisme dans lequel elle s'inscrit. Dans son livre "Nos absentes : pourquoi les féminicides ? ", paru en 2023, son travail journalistique s'étend sur plusieurs années sur le terrain, à la croisée de rencontres avec des personnes concernées, des études et recherches sur le sujet et également d'un engagement personnel. Parlant du genre et de l'évolution du traitement médiatique, elle l'illustre, notamment à travers l'affaire Cantat-Trintignant, cette avancée nécessaire qui s'étale sur 20 ans.

 

L’objectif de cet événement était de présenter les résultats de la recherche Genvipart, qui a porté sur les dimensions genrées des violences contre les partenaires intimes. Au regard des résultats de cette étude et de leur impact potentiel sur les formes de prise en charge des auteurs de violences, le colloque proposait une réflexion sur les leviers permettant de renforcer les accompagnements des auteurs de violences domestiques au regard de leurs logiques d’actions.

 

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