La réparation pénale : histoire & témoignages de professionnelles engagées

Publié le mardi 07 juillet 2026
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L'AIDAPHI, association du réseau Citoyens & Justice, a rédigé les mémoires de son service de réparation pénale, afin de témoigner et de rendre hommage à celles et ceux qui ont porté cette mesure éducative et restaurative pour les jeunes en conflit avec la loi. Les professionnelles du service ont accepté de répondre aux questions de la fédération, en revenant sur l'objet de la mesure et ce qui était constitutif de leur engagement durant les 25 années d'activités du service.

L’an passé, l’AIDAPHI, association du réseau Citoyens & Justice, a dû se résoudre à fermer les portes de son service de réparation pénale qu’elle avait fondé il y a 25 ans en raison d’un déficit d’activité.
Une fermeture difficilement compréhensible pour une équipe toujours aussi créative, investie et engagée auprès des jeunes en conflit avec la loi et pour laquelle la mesure de réparation pénale était une réponse éducative individualisée particulièrement efficiente permettant un accompagnement sur mesure de la problématique révélée par l’acte commis par le jeune et une prise en considération effective de la victime.

Livret réparation pénale - AIDAPHI

LIRE LES TÉMOIGNAGES

Il leur était impossible de refermer cette histoire sans témoigner de leur travail et donner la parole aux professionnels, jeunes, parents et magistrats ayant traversé ce service. C’est chose faite avec la publication du livret « On faisait de la réparation pénale » que nous vous conseillons vivement de lire et de partager autour de vous.
Si le titre de ce livret dit la peine ressentie par l’équipe et le sentiment de perte d’une offre éducative hors norme ; ce livret est surtout un très bel hommage à une mesure judiciaire méconnue que nous vous invitons à découvrir et à faire vivre ou revivre.

En exclusivité pour Citoyens & Justice, Lucie CHABBA, Tumata LEMAIRE, Jessica CARACAS, Karine VIOLON (éducatrices spécialisées), Malak JALLOUL (psychologue) et Nathalie CHOUDAT (cheffe de service), ont accepté de revenir auprès d’Ophélie Villamaux, responsable du pôle Animation Réseau à la fédération sur les conséquences de cette fermeture mais aussi sur ce qu’est la réparation pénale, ce qu’elle apporte aux jeunes et aux familles qui en ont bénéficié, ce qu’elle apporte également aux professionnels qui la pratiquent et l’importance de valoriser cette mesure à haute valeur éducative avant qu’elle ne disparaisse.

 

Pouvez-vous décrire le service de réparation pénale en quelques mots ?

Le service de réparation pénale de l’AIDAPHI était un tout petit service, composé de 5 éducateurs qui accompagnaient des jeunes orientés vers une mesure de réparation pénale, en alternative aux poursuites.

Ce service avait été créé, dans le cadre d’une réponse à un appel à projet, dans un esprit d’engagement et de militantisme pour prévenir la délinquance. Il s’agissait de développer une mesure permettant de responsabiliser les jeunes tout en leur permettant d’identifier et développer leur potentiel, malgré le contexte de durcissement politique des réponses pénales. Cet esprit d’engagement a été transmis tout au long de la vie du service aux différent.es salarié.es qui ont exercé et ce, jusqu’à la fermeture.

 

Quel est le plus de la réparation pénale par rapport aux autres mesures ? 
 
La réparation pénale en tant qu’alternative aux poursuites permet de travailler concrètement avec les jeunes et prévenir leur entrée dans un parcours délinquant.  
Il s’agit d’une mesure qui se déroule sur plusieurs mois, une mesure où « on a le temps », composée de minimum 4 rendez-vous avec le jeune et sa famille. Ces rendez-vous devenaient une « fenêtre ouverte », des espaces d’échange et de réflexion au cours desquels les professionnel.le.s cherchaient à accompagner les jeunes dans un processus de désistance.

« On est souvent allées bien au-delà de la raison pour laquelle le jeune était là ».

La mesure de réparation pénale offre une grande créativité et liberté pour penser la mesure, créer le partenariat et accompagner au mieux les jeunes et familles, aux profils très divers. Il s’agit d’une mesure pensée comme une véritable « respiration ». Cette tonalité de créativité inhérente à la mesure de réparation pénale était très appréciée des équipes. Elle venait « contrebalancer » la mesure d’investigation éducative beaucoup plus cadrée et limitée dans sa mise en œuvre. Dans le cadre de la mesure de réparation pénale, les professionnel.les de ce service ont également créé des partenariats étroits avec des structures environnantes, indispensables à la réussite de la mesure.

L’accompagnement du jeune pouvait être individuel mais aussi parfois collectif, en fonction des besoins de chacun et des différents moments de la mesure. L’orientation vers les temps collectifs était décidée en équipe et au cas par cas.


 
En quoi cette expérience va continuer à vivre dans vos pratiques ? 
 
La plupart des salarié.e.s du service de réparation pénale exercent désormais à temps plein dans le service d’investigation éducative. Certaines expriment des difficultés à se projeter « dans l’après », encore trop « imprégnées » de la douleur, assimilable à un deuil, liée à la fermeture du service de réparation pénale de l’AIDAPHI.  

« Cette fermeture constitue un immense regret qui ne nous quitte pas ; il y avait encore énormément de besoins. »

Mme Choudat, cheffe du service d’investigation éducative et ancienne cheffe du service de réparation pénale, comprend et partage ce constat amer et les regrets liés à la fermeture du service de réparation pénale. Elle souhaite aujourd’hui nuancer ces sensations par une forme de reconnaissance,en valorisant l’opportunité qu’elles ont eu de travailler dans ce service si enrichissant.  
Elle sait qu’il est sans doute trop tôt pour le dire mais elle souhaite que l’équipe du service de réparation pénale retienne la richesse de cette expérience et puisse garder en mémoire cette chance d’avoir exercé dans un service qui permettait de créer un lien de confiance, de développer sa créativité, de « prendre son temps » avec le jeune… Ces qualités développées et la latitude expérimentée dans le service de réparation pénale viendront, elle l’espère, alimenter leurs pratiques et de futurs projets.

« Dans le service de réparation pénale, on a fait de la prévention de la délinquance. »

La réparation pénale c’est agir dans le concret, dans une optique de « réparation » de l’acte commis mais aussi bien au-delà. Et cela guide encore leur action aujourd’hui : « nous veillons à accompagner les personnes à accéder au sens de la mesure et qu’elles soient aux manettes de leur projet ».  
« De cette expérience, il nous restera d’être convaincues du potentiel de ces enfants. On leur offre la possibilité de parler, de comprendre, etc. Ils ont ce potentiel en eux et cela est fondateur du regard que l’on porte sur ce public. »

Se décaler de la posture de jugement est primordial pour ces professionnel.le.s qui veillent à appliquer ce principe également dans les mesures d’investigation éducative. Il s’agit d’abord et avant tout d’enfants en situation de danger.

 

Quel message adresseriez-vous aux futurs/ jeunes professionnels ? 
 
Instinctivement, les professionnel.les du service de réparation pénale disent à quel point il faut faire entendre sa voix, être visibles et souligner la pertinence et l’importance des mesures exercées. « Nous avons été trop frileux à médiatiser la plus-value de ce service ». Elles soulignent l’importance de mobiliser les partenaires, les financeurs, les pouvoirs publics, etc. pour que tous soient pleinement conscients des enjeux liés à l’existence de ces mesures.

Lors de la rédaction du livret, elles ont reçu plusieurs retours très positifs des partenaires sur la qualité des accompagnements qu’elles menaient et la satisfaction de leurs partenaires vis-à-vis de ce service. Or, elles expriment aujourd’hui le regret de ne pas avoir fait ces démarches plus tôt : « il faut pouvoir parler des actions positives que l’on mène au moment où on le fait »
Ces services, à la croisée entre judiciaire et social, sont souvent méconnus, y compris des professionnel.le.s de la protection de l’enfance. « Publiez, racontez, médiatisez, vulgarisez pour que l’on comprenne à quel point ce que vous faites est indispensable ! »

« Il faut pouvoir parler des actions positives que l’on mène au moment où on le fait »


Anecdote :
Une substitut du Procureur qui venait de prendre son poste au tribunal judiciaire d’Orléans a consulté au hasard 80 dossiers de réparation pénale pour comprendre le fonctionnement de cette mesure qu’elle ne connaissait pas. Elle a dès lors été surprise de la pertinence et de l’impact de cette mesure dans le parcours de ces jeunes. Cette implication du parquet a permis au service de réparation pénale d’être ensuite très alimenté en mesures avant de connaître une baisse des orientations, mouvement constaté au niveau national, ces dernières années.

 

« Si on ne se fait pas entendre, on laisse courir l’idée que notre travail représente juste des coûts alors que le bénéfice sociétal est bien plus important ».
À ce titre, les professionnelles interviewées regrettent qu’il n’y ait pas réellement de recherches sur l’efficacité des mesures éducatives là où, a contrario, il existe de multiples données scientifiques sur l’inefficacité de la répression. Le secteur de la recherche manque de fonds et l’évaluation des sorties positives et des dispositifs de prévention est difficile car il s’agit de « mesurer ce qui n’arrive pas ».

« C’est souvent quand on retire des dispositifs que l’on mesure les effets négatifs liés à cette suppression ».
Les professionnel.le.s du service de réparation pénale craignent dès lors que la fermeture de ce service entraîne des conséquences négatives sur l’augmentation de la délinquance. Elles soulignent également que les temporalités de l’action éducative et des orientations politiques se confrontent et sont souvent incompatibles : « nous on se projette sur l’avenir, sur les futurs parents qu’ils seront ».

 

Si vous pouviez lancer un appel au ministère de la Justice, à la Direction de la Protection Judiciaire de la Jeunesse ou à des décideurs politiques, quel serait le message ? 
 
« Il y a urgence à promouvoir ces mesures de réparation pénale et à reconnaître ces mineurs comme des enfants en danger. La prévention, c’est ça qui fonctionne ».  
Ces mesures de réparation pénale, exercées sur un temps relativement long (plusieurs mois) sont bien plus efficaces que des mesures courtes tels que des stages de 3 jours. « Il est illusoire de penser qu’on règle les difficultés des mineurs et de leur famille sur un temps aussi court ». 
« Aujourd’hui, plus l’acte est inquiétant, plus la mesure prononcée est courte et répressive alors qu’il faudrait penser les choses à l’inverse ! Plus l’acte est inquiétant, plus le jeune a besoin d’être accompagné sur un temps long ». Loin d’être une réponse pénale de « faible intensité », la réparation pénale est au contraire une mesure longue et bien plus contraignante que d’autres mesures.

« Aujourd’hui, plus l’acte est inquiétant, plus la mesure prononcée est courte et répressive alors qu’il faudrait penser les choses à l’inverse !

« L’acte délinquant n’est que le symptôme, il faut pouvoir régler la cause ». Les équipes du service de réparation pénale ont à ce titre dû régulièrement, pour environ 10% des situations, rédiger une information préoccupante (IP). Mais au-delà de ces IP, beaucoup de jeunes et leurs familles ont fait l’objet d’accompagnements approfondis pour prévenir certaines situations.

 

Un dernier mot ? 
 
Les professionnelles présentes lors de cette interview ont tenu à remercier Citoyens & Justice pour cette démarche de valorisation et de l’intérêt porté à leur travail et au livret qu’elles ont rédigé. Citoyens & Justice a été pour elles un « fil rouge pratique et éthique » dans la mise en œuvre de la mesure de réparation pénale et, plus largement, des valeurs défendues dans le champ de la justice des enfants et des adolescents. L’exigence et l’intégrité intellectuelles de la fédération ont été soulignées et remerciées ainsi que l’expertise et la réactivité de Sophie Diehl.

« Les associations doivent se fédérer pour être plus fortes ».  
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