Les Vies de Paul : une étude inédite pour repenser l’accompagnement des jeunes majeurs
Publié le vendredi 14 novembre 2025Le collectif Cause Majeur !, coordonné par SOS Villages d’Enfants et dont Citoyens & Justice est un des membres fondateurs, vient de publier une étude d’une ampleur inédite : Les Vies de Paul. Cette recherche propose une démonstration aussi humaniste qu’économiquement rigoureuse : Accompagner les jeunes majeurs de la protection de l’enfance est non seulement indispensable et inestimable sur le plan de la justice sociale, mais c’est aussi un investissement payant pour l’ensemble de la société, y compris sur le plan économique.
Cette étude répond à une question régulièrement posée lors des auditions avec les décideurs publics et politiques : « Savez-vous ce que rapporterait l’investissement de 800 millions d’euros nécessaires pour accompagner l’ensemble des jeunes majeurs jusqu’à leur insertion pleine et entière ? »
Face à cet enjeu, le collectif a choisi d’explorer une autre voie : raconter la vie d’un jeune majeur ordinaire, construit uniquement à partir de données objectives et vérifiables. Son parcours diffère en fonction des politiques publiques mises en œuvre ou non pour l’accompagner.

Une méthode inédite : la micro-histoire au service du social
Pour contourner l’absence de données globales sur un programme qui n’existe pas encore, Cause Majeur ! s’est inspiré de la micro-histoire, notamment du travail de l’historien Alain Corbin. Les auteurs de l’étude ont ainsi reconstitué la vie d’un jeune majeur fictif mais statistiquement réel : Paul.
Trois vies, trois politiques publiques, trois trajectoires
L’étude explore trois scénarios, correspondant à trois niveaux d’accompagnement des jeunes majeurs.
Vie 1 : Sans parachute - L’accompagnement tel qu’il existe aujourd’hui
Dans cette première vie, Paul sort de la protection de l’enfance à 18 ans et 3 mois. Cette sortie précoce reflète la réalité : 61 % des jeunes sortent avant 19 ans (DREES).
La trajectoire est précaire, marquée par l’instabilité, l’absence de diplôme, une insertion difficile mais néanmoins possible et une espérance de vie diminuée : Paul décède à 75 ans, soit près de 10 ans de moins qu’un cadre.
Résultat pour la société : un déficit de 119 000 € sur l’ensemble de la vie de Paul.
Vie 2 : Le droit opposable - sécuriser le passage à l’âge adulte
Dans la deuxième vie, un droit opposable à l’accompagnement permet à Paul de rester accompagné jusqu’à ce qu’il se sente prêt à y mettre fin lui-même.
Grâce à un soutien éducatif continu jusqu’à 23 ans, Paul se sécurise, stabilise son parcours, trouve un logement, poursuit sa formation et s’insère professionnellement.
Résultat : un gain net de 460 000 € pour la collectivité, soit six fois le coût de son accompagnement (75 200 €).
Vie 3 : Croire en ses rêves - accompagner les aspirations dès l’enfance
Cette troisième vie introduit un paramètre essentiel : le respect et le soutien des rêves de Paul dès l’enfance, conformément aux préconisations du rapport du COJ et du CNPE « Laisser nous réaliser nos rêves ! » (2023), cité dans l’étude.
Paul souhaite devenir ingénieur comme dans les vies 1 et 2.
- Accompagné dans la durée, sans pression temporelle, il peut :
- Redoubler sereinement son CAP,
- Intégrer un bac pro,
- Poursuivre en BTS,
- Accéder à une classe préparatoire,
- Puis intégrer une école d’ingénieur grâce à un accompagnement éducatif constant.
Sa trajectoire professionnelle s’en trouve bouleversée : emploi qualifié, progression salariale, achat immobilier à 32 ans et même résidence secondaire à 58 ans, des étapes cohérentes avec les statistiques nationales citées dans l’étude.
Résultat pour la société : un gain de 1,8 million d’euros, soit 21 fois le coût de l’accompagnement (85 200 €).
Un enseignement clair : accompagner les jeunes majeurs est un investissement gagnant
Les chiffres parlent d’eux-mêmes :
Paul 1 : – 119 000 €
Paul 2 : + 460 000 €
Paul 3 : + 1 800 000 €
« Dans la vie de Paul n°3 comme dans la vie de Paul n°2, Paul est accompagné jusqu’à ce qu’il décide que l’accompagnement s’arrête ; mais il se sent suffisamment solide, ancré et en sécurité afin de pouvoir se permettre de prendre des risques, notamment dans sa vie professionnelle » indique Sophie Diehl, responsable du pôle Justice des enfants et des Adolescents de la fédération Citoyens & Justice.
Un impératif humain avant tout
Au-delà des chiffres, l’étude Les vies de Paul rappelle que ces jeunes ne demandent qu’une chose : avoir les mêmes chances que les autres.
Faire des études qui leur plaisent, avoir un emploi stable, trouver un logement, construire une vie digne et pour cela, s’appuyer sur un socle socio-éducatif, c’est-à-dire avoir quelqu’un sur qui et pour qui compter au moment de cette transition à l’âge adulte.
Pour y parvenir, les jeunes ont besoin de temps et de soutien ; ce que permettent les Accompagnements Jeunes Majeurs, lorsqu’ils sécurisent les jeunes dans la durée.
Permettre aux jeunes de croire en leurs rêves
Les Vies de Paul démontrent l’urgence de :
- Garantir un droit opposable à l’accompagnement,
- Respecter les aspirations des jeunes dès le plus jeune âge,
- Offrir un soutien continu et adapté, sans couper les suivis à 18 ans.
L’étude le montre : lorsqu’on donne aux jeunes les moyens de croire en leurs rêves, nous sommes tous gagnants.
Citoyens & Justice tient à remercier l’ensemble du collectif Cause Majeur ! qui s’est mobilisé ses derniers mois afin de faire avancer et vivre ce projet. Un merci tout particulier également aux personnes qui ont activement travaillé à la réalisation de cette étude :
Au sein de Citoyens & Justice : Salomé Zerbouhi, chargée de projets en stage à Citoyens & Justice, et Lisa Lecoutey, élève avocate au sein de la fédération aux cotés de Sophie Diehl, responsable du Pôle Justice des Enfants et des Adolescent
Au sein de Droit d’Enfance, Louise Barrier, Rebecca Tartary, Margaux Kolsch en service civique aux cotés de Julien Landureau, Responsable Plaidoyer et Communication,
Au sein des Apprentis d’Auteuil, Alice Derieux Chagnard, Chargée de plaidoyer aux côtés de Salomé Arbault, Cheffe de projets - Plaidoyer et relations institutionnelles
Sans oublier bien sur l’essentielle coordination du collectif assurée par Florine Pruchon, responsable du Playdoyer de SOS Village d’Enfants.
Les vies de Paul bénéficient d'une large couverture médiatique au sein de la presse nationale et régionale (Libération, La Croix, Challenges, L'express, La Provence, le Télégramme, France Inter, L'Humanité, Le Figaro, TV5 monde, le Média Social etc.).
Article du Média social "ASE : mieux accompagner les jeunes majeurs, un investissement "rentable"





